jeudi, 06 novembre 2008
Tsugi wa Tôkyô, Tôkyô desu
Tsugi wa Tôkyô, Tôkyô desu.
Dans le métro. A cette heure-ci, il n’y a pas foule : on n’a pas vu le service du quai avec leurs gants blancs annonciateurs de foule compacte. Face à moi, une lycéenne arrange son uniforme. Elle sort un tube de colle de son sac, retrousse ses chaussettes, se tartine de glu le long des mollets et réajuste ses bas en pressant bien – c’est écrit sur le mode d’emploi. Elle relève la tête, je me détourne. Là-bas, un salary-man tiré à quatre épingles s’est endormi la bouche grande ouverte, la tête ballotant contre l’épaule de sa voisine qui ne sait comment réagir. Les portes s’ouvrent et entre une petite fille. On la confondrait presque avec une adulte : talons, vernis, téléphone portable, sac à main de marque. Elle doit avoir treize ans. En face, une lignée de businessmen. Chemise blanche, cravate et pantalon noir, sacoche, on ne peut les différencier. Trois d’entre eux ont un livre entre les mains. Le plus jeune s’est assoupi la tête contre la poitrine, mais il tient toujours fermement le bouquin entre ses doigts épais. A sa gauche, un homme d’âge mûr lit un manga érotique ; il est le seul à ne pas avoir de couverture opaque pour dissimuler sa lecture aux regards indiscrets. Un craquement à mes côtés détourne mon attention. C’est un vieil homme à la bouche toute ridée qui mâche un sembei ultra sec. Il a des mouvements très lents, tremblants : il semble sortir d’un autre âge. Pourtant, lorsqu’une sonnerie retentit, c’est lui qui sort un portable de la poche de son pantalon en toile. Et qui répond – rebelle aux interdictions placardées un peu partout dans la rame.
« Moshi moshi ? Oui, regarde, je l’ai pris avec moi : ça marche bien, hein ?! … Oui, oui, je rentres, ne t’inquiètes pas. »
Il raccroche un grand sourire aux lèvres : ça devait être sa petite fille. Aux alentours, on lui jette quelques regards, mais on est poli, on ne dit rien. Les portes s’ouvrent à nouveau. Un homme se lève pour laisser sa place à une jeune femme portant un badge la désignant comme enceinte. Je me lève aussi : je sors à la prochaine station. En m’agrippant aux poignées, je tente discrètement de regarder sur les écrans de portables autour de moi. Ah ! à gauche on joue au golf, à droite au tennis. Celui assis devant moi a un de ces autocollants opaques à la mode qui empêche de discerner quoi que ce soit sur son écran depuis où je suis.
En sortant, je rejoins la foule qui se presse contre les bornes automatiques. Je suis la seule avec une carte, les autres ont un programme spécial abonnement de métro sur leur mobile – sans oublier GPS, jeux vidéos, carte de crédit, connexion Internet et salon de discussion en ligne, bien sûr. Le petit vieux doit avoir tout ça aussi, en plus de ses gâteaux secs. Je me demande si je saurais m’en servir aussi bien que lui…
voir aussi l'album photo "Japon"
16:00 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tokyo, métro, texte
jeudi, 30 octobre 2008
Dis moi oui... en Japonais
Un faux prêtre, un gâteau en plastique et une immense robe blanche au coût extraordinaire: voilà ce qu'il faut pour faire un mariage parfait au Japon (et avant trente ans s'il vous plait)... L'occasion aussi pour les amoureux de quitter la maison familiale (!!!) et pour la femme de quitter son boulot définitivement. C'est cette conception en même temps très stricte et complètement démesurée du mariage que nous présente le documentaire Dis moi oui... en Japonais, de Maria Nicollier. On y suit Yuko, trentenaire marginale (elle n'est pas encore mariée et vit avec son compagnon, oh my god!), à la recherche du mariage qui lui conviendrait (et surtout à ses parents...). Mais entre la bénédiction déclamée en anglais par un prêtre de pacotille et le côté industriel des mariages à la chaine, le désir de se marier perd un peu de sa force...
Un très bon documentaire pour découvrir un autre aspect de la "folie" japonaise :)
Dis moi oui... en Japonais, de Maria Nicollier
18:01 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mariage, japon, documentaire
« La peur augmentée à 200% ! »
« La peur augmentée à 200% ! » (Publicité pour le parc d’attraction Fuji Q Highland)
Les japonais n’aiment rien plus que les histoires de fantômes et les maisons hantées. Celles-ci se retrouvent dans tout bon parc d’attraction et n’ont rien de comparable avec nos petits trains obscurs entourés de marionnettes inoffensives. Au Japon, c’est un bâtiment entier que l’on y consacre – de préférence un véritable ancien hôpital, une usine désaffectée ou une école abandonnée depuis plusieurs années – et sur lequel on fait circuler une rumeur étrange dans toute la région.
Le visiteur a tout d’abord droit à un diaporama lugubre sur l’histoire du bâtiment et les tragiques évènements qui y sont survenus – incendie, série de meurtres ou de suicides, disparitions… Puis, installé sur un tabouret bancal, on lui projette un film amateur supposément retrouvé quelques années après l’incident. Typiquement, un groupe d’adolescent se décide à explorer le bâtiment où l’on se trouve actuellement – de plus en plus mal à l’aise - quand des cadavres revenus à la vie et des êtres surnaturels les entraînent dans une course poursuite mortelle. Des filles se mettent à crier dans la salle, des bruits étranges se font entendre : la tension monte. Et, par groupe de deux ou trois, chacun se met en route… à pied et avec une lampe torche comme seule source de lumière bien évidemment. Ici pas de marionnettes ou de chauves-souris en plastique, les cadavres n’hésitent pas à jaillir de sous un lit délabré, ni à vous poursuivre avec des sons inhumains. Ce n’est qu’une heure plus tard qu’on verra la sortie tant attendue et que, paniqué à l’idée qu’on n’y arrivera peut-être jamais, on se met à courir dans un dernier hurlement.
Peut-être que je vais me contenter du train fantôme du Luna Park, finalement.
voir aussi l'album "Japon"
16:00 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tokyo, parc d'attraction, maison hantée, texte
Japon et chocolat chaud
Après le tremblement de terre
Kobe 1995: un terrible tremblement de terre détruit la ville et choque le reste du Japon. Ca va être l'occasion pour Haruki Murakami d'écrire 6 nouvelles liées par cette catastrophe. Des histoires de vie, à la fois ancrées dans la réalité et mêlées de fantastique. Moins obscures que les nouvelles de Saules aveugles, femme endormie, on y retrouve les éléments chers à Murakami (les lobes d'oreilles, le jazz, l'écrivain, etc.), qui rendent les nouvelles très troublantes quant à leur lien avec la biographie de l'auteur (d'ailleurs originaire de Kobe)... Est-il cet écrivain de nouvelles à l'amour volé par son meilleur ami? Quel est son lien avec cet homme au lobe coupé? Peut-être que je me fais des films ^^ mais c'est tout de même intriguant...
En tout cas, un petit recueil de nouvelles très sympathique et bien plus simple d'accès (à mon avis) que Saules aveugles, femme endormie ! Voilà un Très Bien pour Murakami, j'en veux encore!
Références: Après le tremblement de terre, de Haruki Murakami, Editions 10/18, 2002 (éd. originale: 2000).
Ce livre, je l'ai reçu dans un café du côté de Morges, célèbre pour ces chocolats chauds: l'occasion de faire une petite digression spéciale chocolat chaud! :)
Comme vous le savez certainement l'hiver est LA saison dédiée au feu de bois (of course)! Sauf que parfois, impossible de faire un feu (pas de cheminée, pas de bûches, pas de scout sous la main, etc.)... C'est là qu'arrive notre sauveur: le chocolat chaud! ça réchauffe, c'est bon, ça donne plein de calories pour affronter l'hiver: parfait! Et c'est tout simple, voilà une recette que je tiens d'une espagnole pure souche (de feu de bois) (espagnols, qui sont je vous le rappelle les number one en la matière (si, si c'est vrai même s'il fait pas tant froid chez eux...)):
- ingrédients (pour environ un litre de chocolat chaud): 1 plaque de chocolat (noir de préférence ou selon vos goûts) et 1 litre de lait (pas compliqué)
- Faire chauffer le lait dans une casserole (attention toujours surveiller le lait)
- mettre la plaque dans le lait (en petits morceaux)
- faire bien fondre le chocolat
- Très important: amener le tout à ébulition! (sans faire tout déborder), essayer de le laisser frémir un moment
- Quand le lait monte, vite le sauver en l'enlevant de la plaque
- Voilà, un chocolat chaud super simple et à la consistance parfaite (grâce à la technique de cuisson secrète)!
Selon les goûts, vous pouvez aussi varier en ajoutant de la vanille, de la cannelle, du gingembre ou autre durant la cuisson (et tester avec différents chocolats). Les véridiques chocolats chauds espagnols sont encore plus épais, grâce à un peu de maïzena diluée dans le lait, faites des test si ça vous intéresse :)
Sinon, il y a le bon vieux moyen d'aller le boire directement au café, mais là, il faut trouver le bon (c-à-d: pas de la poudre dans du lait!!!), aux environs de Lausanne, 2 adresses:
- Le Barbare, en plein centre (en haut des escaliers du marché): chocolat chaud maison (1 sorte), très épais, avec ou sans chantilly
- Le Balzac, à Morges: des dizaines de chocolats chauds différents, servis en petites théières, peu épais, avec ou sans crême chantilly
Bon appétit!!!
10:11 Publié dans Autour du livre, et moi, et moi, et moi, Littérature japonaise, Magazines/Revues, Romans/Fictions, Toutes les reviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : japon, livre, murakami, chocolat chaud, magazine, histoire
jeudi, 23 octobre 2008
Fil bleu, fil rouge ?
La Tour de Tokyo, les gratte-ciel de Shinjuku, la foule de Shibuya, le temple d’Asakusa : les souvenirs impressionnants ne manqueront pas de retour du Japon. Mais s’il en est un qui nous restera en mémoire longtemps, c’est certainement celui des toilettes japonaises…
Fil bleu, fil rouge ?
Les toilettes japonaises sont toujours une épreuve pour quiconque ne lit pas les kanji. Savoir que chacun des boutons sur le côté de la cuvette enclenche une action différente n’enlève rien au handicap : lequel est le bon ? C’est bien la question… Et le suspense augmente quand on sait que l’un d’eux – souvent très proche de celui pour tirer la chasse – déclenche une alarme d’urgence qui fera accourir un garde pour vous secourir. Très pratique en cas d’évanouissement spontané – si tant est que l’on ait le réflexe d’appuyer sur le bon bouton avant de s’effondrer, il l’est un peu moins quand, bien installé, on pensait lancer le siège chauffant et que le samaritain ouvre la porte avec empressement.
On passe souvent plusieurs minutes à activer simultanément bruit de cascade, jet de rinçage – avec les variations de la puissance, chauffage et désinfectant avant d’arriver au bouton qui nous convient, la peur au ventre d’enclencher le maudit système d’alarme.
voir aussi l'album photo "Japon"
16:00 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tokyo, toilettes japonaises, texte
mercredi, 22 octobre 2008
Home, le silence et la claustrophobie
Une famille, joyeuse, bruyante, libre dans une campagne éloignée de tout. Puis l'arrivée d'une autoroute: le bruit qui devient insupportable, l'angoisse du danger, la famille qui se referme littéralement sur elle-même, bloquée, repoussée à l'intérieur par la route infranchissable. Home, de la Suissesse Ursula Meier, est un film dur, oppressant, qui montre subtilement la montée de la folie et de la peur, qui s'installent progressivement dans ce foyer au départ si tranquille. Les scènes plutôt comiques laissent doucement la place à cette atmosphère angoissante, menant toujours plus loin la folie et l'enfermement de la famille, sans jamais entrer dans l'exagération; pour finir sur une note libératrice qui permet à l'air d'entrer à nouveau dans les poumons des spectateurs claustrophobes.
Selon moi, un film magnifique: on en ressort difficilement et certainement pas dans son état normal (respiration difficile, ouïe sensible et mains tremblantes me semblent être les symptômes de base ^^). A aller voir en famille pour se faire un peu peur: on a tous notre petite folie familiale, non? héhé...
Home, d'Ursula Meier, avec: Isabelle Hupert, Olivier Gourmet, ..., durée: 1h37.
10:37 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : film, home, ursula meier

























